Critiques de l’école des femmes
De Molière
au Théâtre Artistic Athévains
Quand la mise en scène fait écran à Molière
Notre critique va à l’encontre de toutes les critiques qui nous avaient donné envie d’aller voir ce spectacle . Nous ne trouvons d’ailleurs aucune critique négative. En tout cas, à la fin du spectacle, nous avions le même point de vue.
Il est des spectacles dont on sort ébloui, d’autres dont on sort perplexe. De cette École des femmes, on sort surtout avec le regret de ne pas avoir suffisamment entendu Molière.
Car le premier défaut de cette mise en scène tient à l’essentiel : le texte. Les comédiens parlent vite, trop vite, et crient plus souvent qu’ils ne jouent. La diction est fréquemment confuse, les répliques se précipitent, et les alexandrins, privés de leur respiration et de leur musicalité, perdent une grande partie de leur saveur.
On ne demande évidemment pas aux acteurs de retrouver la déclamation du XVIIe siècle. Mais entre la récitation compassée et l’agitation vocale permanente, il existe tout de même un art de dire les vers. Un art qui semble ici singulièrement négligé.
La direction d’acteurs privilégie une énergie démonstrative qui finit par devenir épuisante. À force de vouloir donner du rythme, on perd le sens ; à force de hausser le ton, on étouffe les nuances. Or Molière n’a nul besoin qu’on lui crie dessus pour être entendu.
La scénographie n’arrange rien. L’utilisation de la vidéo, qui aurait pu offrir une lecture intéressante de l’obsession de surveillance d’Arnolphe, paraît insuffisamment exploitée. Le procédé est là, ostensiblement contemporain, mais son apport dramatique reste bien mince. La modernité d’un dispositif ne garantit pas celle d’une lecture.
Quant aux costumes, ils réservent une curiosité : le père d’Horace surgit affublé d’un costume du XVIIe siècle, alors que les autres personnages évoluent dans un univers contemporain. Pourquoi ce choix ? Que signifie ce décalage ? Une allusion à l’autorité paternelle d’autrefois ? Un clin d’œil historique ? Un symbole dont la subtilité nous aurait échappé ? Le costume, peu séduisant au demeurant, semble surtout appartenir à un autre spectacle. Encore faudrait-il que ce contraste ait un sens perceptible.
On peut naturellement transposer Molière, le bousculer, le réinventer. C’est même l’une des preuves de son extraordinaire vitalité. Mais encore faut-il que les partis pris de mise en scène éclairent l’œuvre plutôt qu’ils ne la recouvrent.
Ici, entre agitation, cris, effets visuels et choix esthétiques discutables, on a parfois le sentiment que la mise en scène cherche davantage à se faire remarquer qu’à servir la pièce.
Et c’est peut-être là le plus grand regret de cette soirée : L’École des femmes demeure une œuvre d’une intelligence, d’une cruauté et d’une finesse remarquables. Encore faut-il laisser au public la possibilité d’en goûter les mots.
À trop vouloir moderniser Molière, on finit parfois par le rendre inaudible. Au sens propre comme au figuré.